Voyage en terre inconnue

Le 15.03.2016, par GeorgesS-685


Auteur : Bernard Finas (sur la photo en bandeau)

Eliane, Françoise, Isabelle, Janine, Josette, membres de la tribu mystérieuse, et Bernard promu ethnologue en immersion dans ce groupe matriarcal, en séjour raquette dans le Dévoluy et hébergés au gîte communal de Saint-Disdier du 14 au 19 février 2016.
Les us et coutumes de cette tribu mystérieuse méritent pour le moins une tentative d'analyse ! Je procèderai donc par thèmes :

L'alimentation
Pour les vivres de course, des classiques, avec le jambon cru ou le saucisson et, pour une partie de la tribu, un goût marqué pour les carottes crues et les feuilles d'endives.
Au gîte, rien, au premier abord, ne distingue la tribu des autres pensionnaires, quoi que, peut-être, une propension à un solide goûter, avec systématiquement au menu, parmi de multiples sucreries, un étouffe-ethnologue très calorique, spécialité d'Isabelle, dont je ne glanerai que des miettes !
A l'heure de l'apéritif, la tribu ne dédaigne pas les breuvages locaux préparés par notre hôte, vin rosé aromatisé, vin d'écorces d'oranges amères, vin blanc au genépi, en toute modération bien sûr.

Les courses à raquettes
Le dimanche, jour du départ de Clermont, nous nous installons au gîte et, après notre pique-nique, partons en exploration nous dégourdir les jambes au-dessus du hameau du Mas où nous trouvons la neige vers 1300 m. Des nuages menaçants nous incitent à la descente, non sans une pause pour un exercice DVA dans à peine 20 cm de neige ; la sonde restera dans le sac pour cette fois.
Lundi, départ de Pont-du-Villard (cote 1352) à la recherche du col de Rabou (cote 1888). Nous sommes vite enveloppés par le brouillard avec moins de trois mètres de visibilité et un vent du nord très vivifiant. Nous ne stationnons pas plus de quelques minutes au col et prenons la descente face au vent à la recherche d'un petit coin à l'abri du vent pour le pique-nique.
La tribu n'échappe pas au progrès, teste à cette occasion un nouveau GPS et pratique consciencieusement des exercices de recherche DVA mono et multi¬-victimes. Bien entendu, le garçon creuse le trou qui ne sera surtout pas rebouché car judicieusement placé sur l'itinéraire des skieurs de rando... La tribu est joueuse !
Crise de fous rires pour l'utilisation de la sonde... Pauvre victime ! Notre tribu, sans doute encore rompue à l'usage guerrier de la lance, sonde énergiquement à deux mains... Je tairai pudiquement l'identité supposée de la pauvre victime, embrochée sans aucun doute...
Mardi, objectif le col d'Aup avec départ à pied du gîte (cote 1035). Nous passons vers la petite chapelle du XIème siècle de Mère-Eglise que notre hôte nous fera visiter un soir. Le pic de Bure ensoleillé, emblème du Dévoluy, apparait brusquement au détour du chemin... mais en décors furtifs sur le flanc du camion-poubelle de passage ! Inutile de le préciser, nous approchons du brouillard... Blanc, blanc et vent du nord encore... Je présume que la tribu a un passé pastoral car, vers midi, une certaine fébrilité s'empare du groupe : la cabane des bergers de l'Aup (cote 1577) fait l'objet d'une intense recherche... Carte, altimètre, boussole, mais dans l'épais brouillard, c'est le GPS qui nous sauve. Ouf, pique-nique à l'abri du vent.
Tant pis pour le col de l'Aup, le vent du nord a raison de la ténacité de la tribu. A défaut de paysages grandioses, nous admirons la beauté des arbres et arbustes sculptés par le givre. Mais question : dans quel sens se forment les aiguilles de givre par rapport au vent ?

Une digression météo s’impose à ce stade du récit, car c’est une obsession de la tribu… Par bonheur, le gîte est équipé WiFi et la tribu dispose d’une tablette et de téléphones connectés : meteofrance, meteociel, meteoblue, et en final des prévisions discordantes, avec quelquefois des surprises agréables !

Haïku
Un peu de poésie entre le goûter et le dîner !
Le haïku est une forme poétique très codifiée d'origine japonaise, il s'agit d'un petit poème extrêmement bref visant à dire et célébrer l'évanescence des choses.
Ce poème comporte traditionnellement 17 pieds en trois vers 5-7-5.

Isabelle nous convie à rédiger le compte rendu de notre séjour à l'aide de ces petits poèmes... mais la tribu a encore à travailler la poésie. Je ne vous livrerai donc qu'un échantillon :

Six participants,
Errant dans le mauvais temps,
Dans le Dévoluy.

Début cotonneux,
Raquette au col du Rabou,
Vent du nord, brouillard.

Cinq filles, un garçon,
Voyage en terre inconnue,
Tribu mystérieuse.

Mercredi, ciel bleu, soleil et départ du col du Festre (cote 1440) pour le col des Aiguilles (cote 2003) avec au final un petit supplément à l'Aiguille (cote 2161).
Le paysage est grandiose sous le soleil, c'est jour de fête après le brouillard et le vent des premiers jours.
Mais revenons à mi-parcours : à la vue d'un bosquet de sapins, la tribu devient fébrile et disparaît à mes yeux... Je m'éloigne prudemment... sans doute un rite initiatique ? Une dizaine de minutes plus tard, sortie du bosquet, et de larges sourires éclairent les visages...
Comme il est vraiment trop tôt pour déjà penser au goûter, exercice DVA multi-victimes et conclusion sans appel : le DVA Tracker est vraiment inefficace dans cette configuration.

Pour jeudi, mauvais temps unanimement annoncé par tous les sites météo mais, sur le parcours retenu, avec départ proche du village du Grand-Villard (cote 1200), une cabane pastorale retient l'attention de la tribu (cote 1585)... Racines pastorales, disais-je ! Ce sera donc notre objectif.
Mais contre toute attente, la masse nuageuse reste bloquée à l'est par le pic de Bure ; pour profiter de cette chance, après la fameuse cabane, nous poursuivons en suivant une trace de skis en direction du sauvage vallon de Truchière, et nous entamons une traversée dans une pente 35/40° de plus en plus verglacée... Une sage décision s'impose : demi-tour pour redescendre d'une centaine de mètres et reprendre par le fond du vallon. J'en témoigne, la tribu est sage et prudente.
Après avoir quitté la cabane, nous ne rencontrerons que trois skieurs, le vallon est sauvage à souhait, la tribu fait un retour en terre inconnue. Pique-nique au soleil à la cote 2040 et descente.

Vendredi, jour du retour, la tribu opte pour un petit parcours au départ de la petite station familiale de la Joue du Loup. La météo n'est vraiment pas favorable et, en arrivant à la station, notre première préoccupation est de trouver un café pour nous mettre à l'abri. Comme le brouillard et le vent ne semblent pas vouloir nous accorder une trêve, nous partons pour la bergerie pour déguster divers fromages de brebis et faire quelques provisions avant de reprendre le chemin de l'Auvergne.

La tribu guerrière
Deux membres de la tribu sont adeptes et pratiquantes des arts martiaux, judo, jiu-jitsu, me semble-t-il ? Quelquefois, au cours des repas, des échanges entre elles d'onomatopées en japonais m'interpellent : langage codé ? provocations ? simulations ?
De plus, de temps à autre, nos deux guerrières s'affrontent du regard avant de simuler des attaques-défenses ! La tribu mystérieuse serait-elle moins pacifique qu'il n'y paraît ?

Conversations en terre inconnue
A l'occasion des conversations du soir autour d'une très bonne table, j'ai écouté attentivement et beaucoup appris sur les fausses couches, la grossesse extra-utérine et ses conséquences, l'éducation des enfants... les incursions de deux membres de la tribu chez les guerriers Massaï... et diverses expéditions dans tous les coins du monde plus ou moins sauvages...à la recherche des origines, peut-être ?

Un grand merci à la tribu mystérieuse pour mon immersion en terre inconnue, et j'espère avoir d'autres opportunités de poursuivre l'étude de cette tribu dont je suis loin d'avoir percé tous les secrets.

Pour visionner un montage vidéo réalisé par Janine, cliquer sur ce lien (ou le copier-coller sur votre moteur de recherche si ça ne marche pas) :

https://goo.gl/photos/ffqcETyZnYwip4KLA